Qui sont les occidentaux qui ne veulent pas que la République démocratique du Congo et le Rwanda s’accordent ?

2 Mar 2021
INTELLIGENCES AFRIQUES
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Depuis l’Africa CEO Forum qui s’est tenu à Kigali en janvier 2019, les présidents congolaise rwandais ont souhaité travailler ensemble pour mettre fin à la violence le long de leur frontière commune. Félix Tshisékédi a même déclaré vouloir oublier le passé. De son coté Paul Kagamé a relevé les engagement pris par son homologue congolais envers le peuple de RdC et les peuples de la région pour pacifier la zone : “nous devons le croire, tendre la main de la coopération, comme il le fait avec nous et voir jusqu’où nous pouvons aller.” A l’issue de la dernière des nombreuses réunions de travail qui se sont tenues depuis ces déclarations entre les deux chefs de l’Eta, les occidentaux sont entrés dans le jeu. Le Chef de la délégation congolais François Beya, conseiller spécial du Président de la République démocratique du Congo en matière de sécurité a déclaré : “Nous sommes venus ici pour défier le monde entier, en particulier le monde occidental qui ne veut pas que nous parlions et travaillons ensemble. Nous sommes ici pour leur dire que nous sommes un et que nous ne voulons jamais de conflits entre nous.” Qui sont donc les occidentaux que l’opposition à Beya au sein de la majorité présidentielle congolaise à condamné ? Le président par intérim du parti présidentiel, Jean-Marc Kabund a en effet dénoncé les propos du “spécial”, qui “exposent la RdC et ne reflètent pas la vision du Chef de l’Etat qui prône un multilatéralisme comme mode de règlement des conflits mondiaux” ? Ces occidentaux cités dans cette déclaration ne semblent pas être les Nations Unies ni les pays impliqués dans la région mais plutôt les sociétés multinationales occidentales qui exploitent les ressources minières de la région. D’autres acteurs, ONG et Nations Unies en têtes, ont déjà pointé du doigt le fait que l’insécurité locale profite à leurs affaires.

La République démocratique du Congo est dotée d’un sous sol d’une exceptionnelle richesse en matières premières. 60 % de ce pays de 2,3 millions de Km² est composé de forets et son sol est souvent qualifié de “scandale géologique” tant il regorge de plusieurs minerais et d’énormes réserves énergétiques : le pays traversé par la “Copper Belt” (ceinture de cuivre) est le premier producteur de cuivre en Afrique et le premier producteur mondial de cobalt. A ces ressources minières ont peu ajouter l’étain, le nobium, le coltan, le manganèse, l’or et le diamant. Ainsi, la République démocratique du Congo est la 1ère réserve mondiale de cobalt, la 1ère réserve mondiale de coltan, la 3ème réserve mondiale de cuivre. Selon les données du Ministère de Mines , la production du secteur minier en 2016 concerne essentiellement : le cuivre, le cobalt, le zinc (métal contenu), le plomb (métal contenu), l’or fin, le diamant, la cassitérite, le coltan et le wolframite. Mais malgré ces richesses, naturelles, le pays est victime du syndrome des matières premières marqué par un faible développement de son économie et d’une pauvreté persistante. Si le taux de pauvreté s’est amélioré le pays reste en bas sur le classement des pays selon l’Indice de développement humain (IDH) : 179ème pays au monde et 43ème en Afrique en 2019.

90% des exportations du pays sont de matières premières (minerais et pétrole) et 40% le sont vers la Chine. Sept sociétés représentent 85 % de la production de cuivre, de cobalt et d’or du pays. 12 producteurs de cuivre assurent 80 % de la production et la plupart sont chinois. Une quinzaine d’entreprises exploitent le cobalt en RdC et 6 d’entre elles assurent 80 % des exportations. Ainsi, le groupe chinois Zhejiang Huayou contrôle la Compagnie Congo Dongfang International Mining (CDM). Un autre, China Molybdenum contrôle notamment Tenke Fungurume Mining. Jinchuan Group International Resources Co. Ltd possède quant à lui 75 % de Ruashi Mining. On peut encore citer China’s Wanbao Mining, Nanjing Hanrui Cobalt et de nombreuses exploitations artisanales contrôlées par des intérêts chinois. Mais les multinationales occidentales visées ne sont pas seulement chinoises. Le groupe suisse Glencore possède Kamoto Copper Company et Mutanda Mining. L’entreprise Kazakh Eurasian Resources Group (ERG) contrôle 70 % de Boss Mining et développe un projet important avec MetalKol RTR du coté de Kolwezi. Le belge Forrest Group International détient 80% de kla Société de traitement du Terril de Lubumbashi. Les indiens de Chemicals of Africa sont aussi présents à travers leur filiale Shalina Resources. Du coté des ressources aurifères, 4 sociétés se partagent la production industrielle :  Le groupe canadien minier Barrick Gold qui a récemment fusionné avec le britannique exploite la plus grande mine d’or du pays. La société minière sud-africaine AngloGold Ashanti détient 45 % de Kibali Goldmines SA. Deux autres groupes canadiens sont présents : Kilo Goldmines et Banro Corporation. A coté de ces quatre majors, les orpailleurs artisanaux assureraient entre 300 Kg et 20 Tonnes de production annuelle selon les sources.

Le trafic illicite de minerais existe depuis des décennies au Congo. Ainsi une part importante de la production de diamants, cuivre, uranium, cobalt, zinc, or, étain, etc. serait volée et passerait les frontières. Un des derniers coups de filet en date a permis d’arrêter à Goma, des trafiquants qui exportaient environ 5 tonnes de coltan. Un groupe d’experts envoyé en RdC par l’ONU a publié en 2017 un rapport dénonçant le trafic illégal de minerais avec la complicité des groupes armés locaux et étrangers. Ce trafic alimenterait en effet les bandes armées qui échangent l’or contre des équipements et des armes. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’ONU dépêche sur place des milliers de casques bleus.

Le code minier de 2018 tend à augmenter les participations de l’Etat congolais dans les sociétés d’exploitation minières implantées en RdC. Il est donc déjà moins favorable aux entreprises étrangères, mais les dirigeants du pays apparaissent maintenant encore s’y attaquer en tentant de mettre fin aux conflits armés. Il semblerait en effet que ces sociétés multinationales soient ici concernées par les propos du conseiller spécial de Tshisékédi venu les défier parce qu’elles ne veulent pas que la RdC et le Rwanda parlent et travaillent ensemble.

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