Le nouveau défi de l’Afrique : produire de la connaissance

12 Juil 2017
François JEANNE BEYLOT
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Continent de l’oralité, l’Afrique est aujourd’hui devant un défi énorme mais pas insurmontable : produire et diffuser de la connaissance.

Si une grosse partie de la planète souffre aujourd’hui d’infobésité, le continent Africain est quant à lui marqué par un déficit chronique en information ou pour rester dans l’allégorie alimentaire de famine informationnelle.

Universités

L’Afrique a engendré les plus anciennes universités du monde. L’université Al Quaraouiyine à Fès, au Maroc dont la construction a débuté en 859 est considérée par beaucoup (dont l’UNESCO) comme la plus ancienne université dans le monde. Sa bibliothèque a récemment réouvert au public après quatre ans d’inaccessibilité. L’université est quant à elle encore en activité mais compte peu d’étudiants. Au Caire, l’université al-Azhar (“La Splendide”) a été fondée en 969 et l’université de Tombouctou à Sankoré au Mali est contemporaine de celles d’Oxford et de la Sorbonne, toutes trois créées au XVème siècle.

Mais aujourd’hui, dans les différents classements mondiaux, aucune université africaine n’apparait dans les 200 premières. Quatre universités sud-africaines et une égyptienne ont aujourd’hui intégré le nombre des 500 meilleures universités au monde selon le classement de la Academy Ranking of world universities (ARWU). Et pour cause, un des six critères de ce classement Shanghaï est le nombre de publications dans les revues scientifiques ou encore le nombre de chercheurs parmi les plus cités dans leur discipline.

Recherche scientifique

L’UNESCO rapporte qu’en 2015 seulement 1% des connaissances scientifiques mondiales sont produites en Afrique. Ainsi, la part des chercheurs africains dans le monde stagne depuis 2007 aux alentours de 2,4%. Il y a 79 scientifiques par million d’habitants en Afrique, contre 656 par million d’habitants au Brésil ou 4.500 pour un million d’habitants aux USA. Mais ce même rapport signale que le nombre de publications scientifiques en Afrique a crû de 60,1% entre 2008 et 2014, contre 13% en Amérique, 13,8% en Europe, 41% en Océanie et 71,7% en Asie (moyenne mondiale : 23,4 %). L’Afrique du Sud annonce de son côté un budget national de 6 milliards USD pour la recherche et le développement, à la 29° place mondiale (seul pays d’Afrique dans le top 40).

Dans les signaux positifs, on peut noter le développement sur tout le continent des réseaux de centres d’excellence qui devraient favoriser une mobilité scientifique et améliorer le partage de l’information.

Médias

Coté presse, l’Afrique intéresse beaucoup : Slate a lancé Slate Afrique dès 2011, la chaîne publique chinoise CCTV diffuse à partir de Nairobi au Kenya CCTV Africa depuis 2012, la même année Forbes Afrique, version africaine et française de la célèbre revue américaine Forbes a été lancée. En 2014, Canal + lance A + dédiée aux contenus africains, Le Point, lance lepointafrique.fr. L’année suivante Euronews lance Africanews en partenariat avec la télévision nationale du Congo. Mais les sources restent en dehors du continent noir : un Africain francophone sur deux écoute ou regarde au moins une fois par semaine RFI et France 24 et peu de titres panafricains émettent depuis l’Afrique (en dehors de Les Afriques et La Tribune Afrique).

Statistiques

Il est vrai que les données sur le continent africain sont difficiles d’accès. Les instituts de statistiques sont tels que nombres d’analystes préfèrent se tourner vers les sources Onusiennes, européennes ou étatsuniennes. Toutefois, la Banque Africaine de développement a mis en ligne un portail statistique et l’Observatoire économique et statistique d’Afrique subsaharienne promet « pour bientôt » un accès libre aux données statistiques.

Dans un autre domaine, l’Afrique compte depuis quelques mois quatre agences de notation (WARA et Bloomfield Investment Corporation en Côte d’Ivoire, Agusto, au Nigeria et Global Credit Rating co en Afrique du Sud).

Web participatif

Les réseaux sociaux sont de plus en plus plébiscités sur le continent africain : 146,6 millions d’internautes africains sont inscrits sur Facebook (avec une croissance de 15%) et LinkedIn connaît une progression de 25% (avec l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Egypte, le Maroc et le Kenya dans le top 5 des pays africains qui utilisent ce réseau).

Depuis quelques décennies maintenant, nous avançons dans la société dite de l’information et à l’heure de l’économie participative, chacun peut à la fois contribuer à la diffusion et à la collecte d’information. Il reste alors au continent à investir le champ du Web participatif où chacun peut contribuer. Il s’agit alors de sensibiliser chacun pour qu’il participe à son niveau pour publier une tribune, écrive un article, modifie Wikipédia, etc.

Avec les tendances démographiques actuelles, d’ici 35 ans, 25 % de la population mondiale sera africaine et une grande partie de la jeunesse mondiale. Voilà donc le double défi que le continent doit relever : produire de la connaissance et la diffuser sur Internet.

 François Jeanne-Beylot, Gérant Fondateur de TROOVER 

L'Auteur

François JEANNE BEYLOT
François JEANNE BEYLOT
Passionné par l’information et plus particulièrement ses voies de circulation, François JEANNE-BEYLOT a fondé en 2000 la société TROOVER, spécialisée dans la recherche d’information structurée, l’intelligence économique et la veille sur Internet pour le compte des entreprises et administrations. Fin 2007, il participe à la création d’une filiale, InMédiatic, dédiée à la gestion de notoriété et d’influence sur Internet qui fut associée à différentes agences de RP puis de communication. Aujourd’hui InMédiatic est une filiale à 100 % de Troover en faisant un des rares cabinets à proposer des prestations conjointes et coordonnées de veille et d’influence en ligne, allant de la formation à l’externalisation en passant par toutes les étapes de l’accompagnement.

Reconnu comme spécialiste d’internet et de l’intelligence économique digitale depuis près de 15 ans, il intervient dans différents centres de formation, écoles et conférences en France et à plus particulièrement en Afrique où il a mené de nombreuses missions : Ecole Panafricaine d’Intelligence Économique et Stratégique de Dakar, HEC Liège, École de Guerre Économique, CESI, IHEDN, Skema, Cegos, ASFORED, IUT Paris V, Collège InterArmées de Défense (anciennes Écoles de Guerre), Institut Supérieur de la Mode, Institut Supérieur de Gestion e de Planification d’Alger, etc.

Un commentaire

  • ME KOUAME dit :

    je me rejouis de la pertinence des propos de M. BEYLOT. En effet la disponibilté des informations en Afrique reste difficile à trouver. Cependant il y a de la matière. Depuis quelques années des efforts à travers des collaborations regionales se mettent en place. Cela est à encourager et surtout créer des plates formes qui prennent en compte les réalités africaines. Mieux nos autorités doivent comprendre que la transparence qu’elles prônent passe pas une diffusion en temps réel des informations . Et ne pas empêcher les citoyens d’apporter leurs opinions

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