L’intelligence économique : une clé majeure du développement de l’Afrique

23 Nov 2017
Alain JUILLET
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Comme le renseignement d’Etat au plan géopolitique, l’intelligence économique permet d’améliorer la performance d’un pays ou d’une entreprise en lui apportant une meilleure compréhension au niveau national et international de la concurrence, des marchés et de l’environnement. Cette connaissance approfondie lui donne des capacités de réaction et d’anticipation qui forment un avantage concurrentiel majeur dans la compétition mondiale.

Depuis des siècles certains pays ont utilisé sans en parler ce concept pour améliorer leur performance. Depuis les années 80 elle est devenue un moyen incontournable utilisée par les grandes puissances et les grandes entreprises pour conforter leur leadership. Aujourd’hui c’est un passage obligé dans la conquête des marchés.  Il est donc impératif pour des pays en développement ou des entreprises émergentes d’apprendre à l’utiliser pour faire jeu égal avec leurs concurrents venus d’ailleurs. Mais ceci suppose qu’ils adaptent son approche et sa pratique. Le concept est universel mais la méthode doit intégrer les spécificités culturelles pour atteindre son efficacité maximale.

L’Afrique a été longtemps une réserve de matières premières utilisée par des sociétés ou des pays étrangers pour une transformation faite ailleurs avec pour conséquence une perte locale de création de valeur. L’indépendance économique et politique acquise au siècle dernier, la montée en puissance d’élites formées à la compétition internationale, et le développement du numérique dans le cyber espace, donnent à de nombreux pays africains l’opportunité volontariste de se faire une place sur les marchés mondiaux et de développer des productions locales pour mieux faire vivre leur population.

Encore faut-il sortir des relations simplistes, plus idéologiques que réalistes, qui prévalent encore dans une bonne partie des échanges entre l’Afrique et le reste du monde. Encore faut-il comprendre que la corruption endémique traditionnelle ou le protectionnisme économique défensif ne permet pas un développement harmonieux et équilibré.

En s’inscrivant résolument dans la compétition mondiale grâce à un taux de croissance élevée durant les 30 prochaines années, l’Afrique va gagner des parts de marché significatives grâce à sa production de matières premières minérales ou agricoles, par ses coûts de main d’œuvre, et sa capacité d’innovation. Mais cela suppose d’avoir les bonnes informations en temps utile et de savoir les exploiter pour être le meilleur, le mieux disant, ou le plus performant. Cela implique également d’apprendre à se protéger des prédateurs qui profitent des faiblesses en cyber sécurité et sur le plan légal pour s’assurer un avantage en créant un déséquilibre pénalisant les acteurs locaux.

La pratique de l’intelligence économique moderne repose sur une maîtrise réelle de toutes les étapes du processus ce qui implique la formation d’experts, l’exigence d’une coordination, et la définition précise des cibles et objectifs recherchés. Elle exige aussi la diffusion des informations utiles aux récepteurs dans les délais les plus rapides. Tout ceci ne s’improvise pas. Il est donc temps que l’Afrique se mobilise pour mettre en place pour ses états et ses entreprises des cellules d’intelligence économique qui leur apporteront les clés offensives et défensives de la compétitivité grâce à un positionnement réussi.

L'Auteur

Alain JUILLET
Alain JUILLET
Colonel(H) dans les Troupes aéroportées où il a commencé au Service Action du SDECE, il a été dirigeant de nombreuses entreprises françaises et étrangères comme Ricard, Jacobs Suchard, l’Union Laitière Normande ou Marks en Spencer avant d'être nommé Directeur du renseignement à la DGSE de 2002 à 2003. Il a ensuite occupé jusqu'en 2009 les fonctions de Haut responsable à l'intelligence économique, auprès du Premier Ministre. Il est aujourd’hui chez Orrick Herrington Sutcliffe comme Conseiller senior en géopolitique, gestion de crise et sécurité, Président de l'Académie d'Intelligence Economique depuis janvier 2010 et de l’Association pour la Lutte Contre le Commerce Illicite.

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