La veille en contexte contraint

18 Sep 2018
Benoit Maille
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Certains contextes semblent peu propices à la mise en place d’une démarche de veille stratégique sur internet, dans des pays peu développés, ou dans des PME : peu de moyens financiers, de sources d’information et de connaissances techniques de la veille…

Cependant ces difficultés peuvent être surmontées à la condition que le projet de veille soit fortement et durablement soutenu par la direction générale, que le déploiement du dispositif de veille tienne compte du contexte et que la méthode suivie soit rigoureuse. Il faut aussi, bien évidemment, disposer d’une connexion à internet suffisante et régulière.

En termes d’outils, il est possible, dans un premier temps, de recourir à des outils gratuits disponibles sur internet plutôt qu’à des plateformes payantes qui intègrent toutes les fonctionnalités nécessaires à la veille. Dans ce cas, on compensera les insuffisances des outils gratuits par l’usage de plusieurs outils différents et complémentaires : leur combinaison permettra d’élaborer un dispositif complet satisfaisant à toutes les étapes de la veille.

En amont, pour collecter les actualités de veille, on pourra s’appuyer sur un portail agrégateur de flux RSS, du type Feedly ou Netvibes. Pour les sources ne proposant pas de flux RSS, on utilisera un générateur de flux RSS comme Feedity ou FiveFilters, ou un outil de surveillance comme Trackengine ou WatchThatPage. Pour les sources proposant des flux RSS trop prolixes ou généraux, on pourra recourir à un outil de filtrage comme Feed Informer ou Feed Rinse.

En aval, on capitalisera les meilleures actualités repérées par la veille dans un portail comme Evernote ou Simplenote. En guise de livrables, on pourra transmettre les résultats de veille aux destinataires ciblés par e-mail ou par des newsletters en ligne comme Paper.li ou Scoop.it.

Pour ce qui est des sources d’information, il est envisageable, là aussi, de débuter par les seules sources gratuites, pourvu que l’on fasse preuve d’un peu d’astuce et que l’on s’adapte à l’existant. En l’absence de presse économique, on se tournera vers la presse généraliste dont on sélectionnera les articles de la rubrique “Economie”, ainsi que vers les agences de presse nationales ou privées.* Si la presse nationale se révèle insuffisante, on regardera du côté des principaux titres de presse étrangers, qui traitent parfois aussi de l’actualité des autres pays (par exemple Le Monde ou The Economist), ainsi que dans les publications des organisations internationales consacrées au pays ciblé.

Enfin, il ne faut pas oublier la surveillance des réseaux sociaux que l’on pratiquera par le biais d’outils “centralisateurs” comme Socialmention ou TalkwalkerAlerts. Pour ouvrir le spectre des sources surveillées, les Google News peuvent également rendre de bons services, mais pour cette source, comme pour toutes les autres, on sera attentif à utiliser les stratégies d’interrogation les plus précises, sous peine d’être noyé sous un flot d’actualités non pertinentes. Peu de sources, judicieusement choisies et complémentaires, valent mieux qu’une multiplicité de sources redondantes et non maîtrisées. Plutôt qu’une hypothétique exhaustivité, impossible à atteindre, on privilégiera les informations vraiment significatives et impactantes sur le plan stratégique.

Pareillement, on évitera d’utiliser plus d’outils de traitement de l’information que nécessaire. Leur multiplication inutile génère un temps de maintenance élevé et une consommation excessive des ressources : bande passante et électricité. Pour les outils comme pour les sources d’information, la qualité est préférable à la quantité.

 

* Pour identifier les titres de presse sectorielle, généraliste et les agences de presse, reportez-vous à notre tribune précédente sur “L’information sectorielle en Afrique”.

L'Auteur

Benoit Maille
Benoit Maille
Diplômé en intelligence économique (IEP de Paris, ESIEE), Benoît Maille est chef de projet IE à la CCI de région Paris Ile-de-France. Fort de plus de 25 ans d’expérience dans le domaine, il a été en charge des prestations d’information commerciale et technologique de l’ARIST et de la coordination des actions d’intelligence économique de la CCIP. Aujourd’hui, il mène des actions d’IE en faveur du développement international des entreprises, en particulier en matière d’ingénierie de veille, de formation à l’IE et de sensibilisation à l’information professionnelle.
Son approche de l’IE se veut pragmatique et adaptée aux PME. Elle s’appuie en bonne partie sur les outils du web 2.0 (bases de données professionnelles, dispositifs de veille, réseaux sociaux…) qu’elle utilise de manière défensive et offensive.
Il a conçu et anime la formation IE en ligne du Centre du commerce international (ITC) et intervient régulièrement en France et à l’international. Il a mené de nombreuses missions en Afrique (Algérie, Botswana, Cameroun, Côte d’Ivoire, République Démocratique du Congo, Sénégal…) ainsi que dans la zone des Caraïbes et dans l’Océan indien

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